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Culture:
emploi et gratuité
"La
suppression de la taxe
professionnelle, et un certain
désengagement de l'Etat
qui réduit les subventions publiques s'ajoutent à une orientation défavorable pour la culture : pour 2009, 22% des entreprises mécènes ont communiqué qu'elles allaient réduire leurs actions de mécénat dans la culture au profit d'actions de solidarité" Et bien sûr, on voit aussi ( les mots "actions de solidarité" ont été soulignés par nous) qu'aux yeux de l'opinion publique, un artiste sans travail n'est probablement pas une personne en situation de précarité. On se demande bien pourquoi. Et voilà qui soulève deux problèmes. * à
Alexandre Pham. Le texte est extrait du
site classiquenews.com
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DÉGRAISSAGE
et ÉCONOMIE(S)
On oublie souvent en France que "la culture" emploie et fait donc vivre, directement ou indirectement, de nombreux travailleurs qui ne sont pas les stars sur le devant de la scène, mais dont l'existence constitue l'âme même d'un lieu de spectacle. Un théâtre, une compagnie de danse ou un opéra qui ferme, ou qui restreint ses activités pour devenir un simple lieu d’accueil, met au chômage (ou au mieux sous-emploie ) tout un monde de personnes très qualifiées, et cela dans toutes sortes de domaines : couturières, menuisiers, tapissiers, peintres, électriciens, musiciens, danseurs, comédiens, choristes, coiffeurs, machinistes… qui ne demandaient qu’à mettre leur savoir, leur force de travail et leur talent au service du spectacle, pour des salaires souvent très bas au regard de leur spécialisation, et toujours avec passion .
On ne peut
pas pleurer (ce qui est évidemment on ne peut plus
légitime) à
la fermeture d'une usine, ou au
"dégraissage" qui privera 100 ou 200 personnes de leur emploi,
et rester indifférent, ou même applaudir comme certains
à la
fermeture d'un opéra ou d'un théâtre qui aboutira
au même bilan, sous le prétexte que les personnes
touchées sont, dans le deuxième cas de figure, des
artistes ou des techniciens du spectacle ( et donc parasites
notoires...) : le
dégraissage
culturel n'est pas plus légitime, ni d'ailleurs plus rentable
que le
dégraissage
industriel, tant en termes d'emploi que de perpective à moyen et
long terme. Sans parler des énormes dégâts humains. Et
l'éternel argument
"c'est trop cher", utlisé pour avoir la
peau de
certains établissements ou festivals, ne tient
jamais
compte des retombées économiques et touristiques de ces
manifestations. Ni du nombre
important de
professions associées et autres fournisseurs pour qui
l'Opéra (comme le théâtre ou la danse, pas plus,
pas moins) constitue un client privilégié, et donc
contribue à soutenir l'emploi: artisans,
fournisseurs de matériaux, tissus, plumatiers, tapissiers, etc... De
la
même manière
que la construction d'une centrale nucléaire ou l'installation
d'une division de l'armée dans une région contribuent
à y soutenir l'emploi, pas plus, pas moins...
Il nous
paraît insupportable d'avoir dans notre pays des
professionnels qualifiés et passionnés qui sont
désormais
trop souvent voués, soit à pointer au
chômage, soit à
adapter des
lumières
et des décors conçus et élaborés ailleurs,
à reproduire à l'identique les mises en scène
élaborées et répétées ailleurs, à
simplement remettre à la taille des chanteurs, dans
des théâtres sans vie, des
costumes fabriqués ailleurs par d’autres.
![]() ... (mais bien
sûr Anton, le chat du Théâtre Stanislavsky de
Moscou, n'y est pour rien)
Il faut noter aussi qu'on ne se pose pas la question du coût des places pour certains phénomènes de masse comme le football ou les concerts pop (ou rock, ou...), comme s'il était plus légitime de se ruiner pour voir se produire Franck Riberi ou Johnny que pour écouter Nathalie Dessay. Ou pire, comme si l'un devait obligatoirement exclure l'autre. Il fut une époque où l'opéra rassemblait des foules populaires, qui aimaient la musique et partageaient la sortie d'un nouvel ouvrage comme un authentique évènement, et qui n'avaient pas peur non plus d'en chanter des airs dans la rue. Là se pose bien sûr la question de l'éducation : pourquoi le chant est-il devenu tabou en France? Mais c'est une autre histoire. Nous ne souhaitons évidemment pas revenir à l'époque de Mozart, ni même au début du siècle*. Mais tout au moins réfuter les lieux communs consistant à montrer du doigt l'opéra ou le théâtre comme des niches à intellectuels snobs et prétentieux, que ni l'un ni l'autre n'ont en réalité jamais été. Relayer en cela une personnalité comme Roberto Alagna, qui défend ce point de vue avec beaucoup de conviction dans chacun des entretiens qu'il accorde. Et, tant que nous y sommes, faire rêver d'autre chose. *
(vous pouvez cependant
lire à
ce propos dans la page de
Françoise un
témoignage certes modeste,mais authentique)
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Gratuité, le serpent qui se mord la queue Nous
n'avons rien contre l'amateurisme ni contre les
projets bénévoles, bien évidemment.
Mais le problème est que beaucoup d'artistes et techniciens sont désormais obligés, pour avoir, eux, l’occasion de s’exprimer devant un public et d'exercer leur métier, d’accepter aujourd'hui une nouvelle forme d’esclavage nommée « bénévolat »... Et d'envisager "pour vivre" d'exercer un autre métier, ce que nombre d'artistes et techniciens sont contraints d'accepter, alors même que la demande culturelle n'a jamais été aussi forte. Ceux qui le font ne sont pas des ratés, pas des incompétents. Mais comment convaincre des employeurs que vous valez bien "quelque chose", alors même qu'on promet partout au public de la culture pour rien? Pourtant, les boutiques de
vêtements continuent de vendre des
vêtements, et n’en font pas cadeau. Les vendeurs d'écrans
plats ne les
distribuent pas gratuitement dans la rue. Malgré la crise, le
plombier
ne raccorde pas les
éviers gratuitement ni ne débouche les tuyaux
bouchés pour rien. Les médecins et les dentistes font
toujours
payer les consultations. Comment en serait-il autrement ? Puisqu'ils exercent
leur métier.
Alors
pourquoi la culture, ou plutôt le spectacle vivant (on
trouve encore normal de payer pour aller au cinéma,
malgré
l'existence du téléchargement ) devrait-ils être
forcément gratuits, et pourquoi des personnes
qualifiées dans leur domaine devraient-elles accepter d’avoir
fait des années d’études
ou de justifier d'années de pratique pour être
désormais assimilées à des
débutants, ou être contraints de changer de métier,
alors même que les manifestations culturelles abondent ?
Cette politique revient à délocaliser les entreprises culturelles... dans notre propre pays. Nous trouvons pervers d'habituer le public à des manifestations culturelles gratuites. Car la gratuité ne peut signifier que deux choses :
Et c'est
ainsi que la boucle est bouclée.
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Il y a d'autres voies De nombreux artistes et techniciens du spectacle vivant sont désormais dans une grande précarité. Et nous pensons qu'il existe d'autres voies pour produire des spectacles que celle consistant à exploiter les autres. Nous considérons qu'il est tout à fait possible de créer de beaux spectacles à des coûts raisonnables, en gérant l'argent intelligemment, c'est-à-dire en privilégiant l'action plutôt que la communication, en choisissant bien son répertoire (pas forcément toujours les mêmes pièces, d'ailleurs), en mutualisant les équipements au maximum (décors, costumes, accessoires, équipements électriques, et même les lieux de spectacles), en utilisant les savoir-faire locaux, et bien sûr en mettant réellement nos compétences au service d'une communauté artistique et territoriale, plutôt qu'à nos intérêts propres. Nous pensons aussi qu'il n'est pas juste que ce soient toujours les mêmes qui aient accès à la culture. C'est pourquoi nous voulons poser notre chapiteau au coeur de chaque département de Midi-Pyrénées, dans les villages de montagne comme dans les villes de banlieue, et jouer pour tous ceux qui ont le droit, et nous espèrons l'envie, de voir autre chose que Secret Story à la télé... Françoise Terrone pour l'Autre
opéra.
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